Rêvelise Rohart – « La photographie me procure des émotions que la vie m’a enlevées à une certaine époque »

En quelques mots, qui êtes vous ?

 Je suis Rêvelise Rohart, j’ai 24 ans, je suis née à Lens dans le bassin minier et je vis maintenant en métropole lilloise. Je suis photographe professionnelle depuis 2016 et dés mes débuts, je me suis mise à photographier la sexualité des couples, spécialité pour laquelle je tends à me consacrer exclusivement.

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Rêvelise Rohart par © Cliff Chan, 2019

Qu’est ce que vous recherchez à travers la photographie ? Qu’est ce que celle-ci vous apporte ?

Je crois que je recherche avant tout le souvenir au sens large. Ensuite, il y a la recherche de l’esthétique. J’ai fais mes premières photos aux alentours de 13 ans sans conscience que ce petit hobby deviendrait non seulement mon métier mais aussi un véritable art de vivre. La photographie me nourrit, me rend meilleure et me procure des émotions que la vie m’a enlevées à une certaine époque. En somme, elle me permet de m’accomplir en tant que femme et en tant qu’individu.

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Carolina & Yulia, Lille, 2017. Chaleur Humaine © Rêvelise Rohart

La nudité et les couples semblent être des thèmes que vous aimez photographier ( notamment à travers votre série de photographie « tangible » ) pourquoi ?

 C’est une grande question à laquelle je réfléchis presque tous les jours ! Mon attirance pour ces thèmes est survenue à l’adolescence alors que je souffrais beaucoup de ma première rupture amoureuse. J’ai ressenti le besoin urgent de transformer ma peine en autre chose et la photographie m’a permis d’y parvenir. J’ai toujours été sensible et attirée par les autres, l’intimité et les liens qui unissent les gens entre eux.

Aujourd’hui, nous vivons dans une société où la photographie est très présente dans nos vies à tous, notamment à travers les réseaux sociaux Nous prenons quotidiennement en photo une grande quantité de choses mais très rarement ce qui rythme nos vies à tous, ou presque : notre sexualité. Entre pudeur et tabous, ce thème est très absent de nos souvenirs en images, ou alors exclusivement réservé à des projets d’art qui ne laissent pas d’espace à l’expérience du plus grand nombre. De ces observations sont nées plusieurs interrogations dont une question centrale : pourquoi ne photographions-nous pas notre vie sexuelle, nos corps en fusion avec autant de liberté ? J’aime photographier les couples pendant l’amour car j’ai le sentiment de faire quelque chose d’important, et j’ai la certitude que c’est ce que je fais de mieux.

Pourquoi choisir ce mot par ailleurs ( tangible ) ?

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Adam, partie du vent I. Roubaix, 2015, Chaleur Humaine © Rêvelise Rohart 

 L’étymologie du mot tangible est intéressante ; il provient du latin « tangibilis » qui signifie « qu’on peut toucher ». Aussi, l’une de ses définitions en français est « dont la réalité est évidente ». Le point de départ de ce projet était d’illustrer une facette plus crue, physique et directe de ce qu’est l’amour ; l’amour évident, dans la fusion, dans la passion, dans l’étreinte entre les corps, etc. J’ai trouvé que « Tangible » était le juste mot pour décrire à la fois le contact physique « qu’ont peut coucher » et l’évidence de la relation d’amour sentimentale et physique.

Comment arrivez-vous à capturer ces moments ?  Est ce mis en scène à travers de parfaits inconnus ou est ce des amants qui partagent déjà une certaine intimité ?

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Morgane au mur, Lille, 2017. Chaleur Humaine, © Rêvelise Rohart

 Jamais une séance n’a été mise en scène et tout le magique de ces séances né à cet endroit précis : ces instants de fusion n’ont besoin de rien pour être sublimes : elles le sont pas nature. Les couples qui me contactent sont très à l’aise avec leur corps et leur sexualité. Certains sont issues du monde libertin, d’autres sont naturistes, d’autres n’ont jamais mis un pied dans ces milieux la ; certains sont mariés de longue date, d’autres se découvrent encore. Aucune séance ne se ressemble et chacune se déroule avec un naturel extraordinaire ! Il faut savoir qu’aucune séance n’a lieu sans rencontre préalable. Ce premier contact établit un cadre et un lien de confiance fort entre mes clients et moi. J’adapte la prise de vue en fonction ce que j’ai ressenti pendant notre entretien ; avec certains, je sens que je peux me permettre de me rapprocher sans que cela les gêne. Avec d’autres, je reste plutôt à distance, je me fais très petite, en adaptant mes optiques en fonction. Ce qui ne varie pas en revanche, c’est que suis toujours muette – si on met de côté le son du déclencheur ! La recette est donc : finesse, confiance et longueur d’onde.

Pourquoi souhaitez-vous particulièrement prendre en photo des couples « libres » ?

 Par couple libre, j’entends plutôt « amants libérés » : libérés des tabous, libérés de la honte, libérés du jugement, libérés de tout ce qui peut entraver la sexualité et l’amour de soi au quotidien. Comme je l’écris plus haut, les personnes qui me contactent sont souvent très décomplexées et jouissent d’une grande ouverture d’esprit vis-à-vis du sexe et du corps, et de la place qu’ils leurs dédient dans leur vie. En parlant d’ « amants » plutôt que de « couples », j’essaie de dire que l’amour n’est pas réservé au duo classique de nos sociétés occidentales, et n’est pas forcément exclusif ni sacré. « Ce qui est évident » peut aussi être le désir, tout simplement. Au bout du compte, ce qui m’intéresse, ce sont les énergies invisibles qui circulent entre des êtres qui s’aiment et qui s’attirent.

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Nouveau né VIII, Lille, 2014. Tangible © Rêvelise Rohart

Sur quels projets travaillez-vous en ce moment ? Comment voulez- vous faire évoluer votre travail ?

Dernièrement, je travaille sur le développement de Tangible. À la rentrée de septembre, ce projet au départ cloisonné migrera vers un concept unique de prestations photographiques ouvertes et dédiées à tous ceux qui par le biais de l’art, ont envie d’évoquer en images la beauté de leur désir, de leur corps et de leur relation. Cela s’appellera Étreinte 🔥 . J’ai l’ambition de faire voyager la marque dans toute la France dans un premier temps, puis à l’étranger. Depuis que j’ai commencé à photographier la sexualité des couples, je crois corps et âme au potentiel de ce projet et je n’ai jamais laissé les sceptiques me faire reculer. Un couple m’a dis le mois dernier que cette expérience avait resserré leur lien et qu’ils se sentaient s’aimer plus fort depuis notre rencontre. Je ne peux même pas expliquer la joie et la fierté que ces mots me procurent ! Aujourd’hui, j’ai envie de faire de bruit, que ce beau projet couleur peau prenne toute la place qu’il mérite et que des amants de différents horizons puissent avoir accès à cette expérience.

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Draps Humides VIII à Maison Souquet, Paris, 2018. Tangible, © Rêvelise Rohart 

En parallèle, je pratique aussi la photographie argentique depuis presque 2 ans. Je saisis le théâtre du quotidien et tous ses acteurs, sur film sensible. J’y prends beaucoup de plaisir car c’est une autre manière de vivre la photographie. Je tire toutes mes pellicules en bande de lecture et leur découverte est à chaque fois magique, car elle arrive souvent à retardement. Tout le processus argentique me plaît, même si je ne me suis pas encore risqué à developper moi-même.

Quels autres thèmes voudriez-vous explorer ?

Un jour, je me concentrerai autours du lien « mère-fille ». J’ai perdu ma mère à 14 ans et sa disparition a évidemment laissé un grand vide en moi… C’est à travers le même processus que pour Tangible que je compte me soigner, en transformant ma peine grâce à la photographie. Cela va devoir infuser longtemps avant que je me lance, mais l’idée germe déjà depuis plusieurs années…

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Chloé après le premier café, Tours, 2018, Chaleur Humaine © Rêvelise Rohart

 Quelles difficultés rencontrez-vous en tant que jeune photographe ?

 La plus grande difficulté que je rencontre, c’est la censure intempestive sur les réseaux sociaux. Mes photos sont facilement jugées « choquantes, provocatrices et  dangereuses pour les plus jeunes » par les modérateurs et ce, même lorsqu’il s’agit de l’image d’un simple baiser ! L’année dernière, ma page pro a été bloquée près de 5 mois en tout et pour tout … C’est énorme ! J’ai fini par me résigner et j’ai cessé peu à peu de publier. Je ne sais plus comment m’y prendre pour diffuser mon travail sur les réseaux. Ces standards de communauté sont très limitants pour les artistes qui comme moi, travaillent la nudité et la sexualité. Je trouve cette censure très hypocrite et hors de tout discernement. Les mentalités évoluent vers une plus grande acceptation du corps et la levée des tabous. À mes yeux, la censure abusive de Facebook et  Instagram va à l’encontre de cette évolution positive. Elle diabolise des choses saines et naturelles et ne fait pas avancer les choses, au contraire ! Difficile donc, de montrer que vous existez quand on vous muselle ainsi…

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Les filles d’intérieur XI, Tours, 2016, Tangible © Rêvelise Rohart

Revendiquez-vous quelque chose à travers ces photos ?

Oui, car je ne pense pas qu’on puisse travailler ces thèmes par hasard, on a forcément envie de partager sa vision des choses en y mettant la force de ses convictions. Je revendique la liberté sexuelle et sa perception comme quelque chose de sain, de normal et de naturel, avec toute sa diversité et la singularité de ses acteurs. Je veux dire que le sexe peut, qu’il a le droit d’être violent comme tendre, silencieux, tumultueux, explosif, sale ou pas sale du tout, exclusif ou ouvert aux rencontres, etc. Je revendique toutes les sexualités, toutes les relations, comme égales à égales, et équivalentes où aucune ne prévaut sur une autre, hors de toute forme de jugement.

 

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« Je désire tout ce qui est interdit, je fais tout ce qui est défendu » Roubaix, 2019 © Rêvelise Rohart

Vous inspirez-vous de photographes ou de personnalités ?

J’ai un respect inextinguible pour le travail de Jacob Aue Sobol, Nan Goldin, et Ren Hang qui traitent tous directement de l’intimité et du corps, chacun avec une approche très fine et si différente ! L’un de mes rêves est de rencontrer le grand photographe Sébastiao Salgado pour voir Dieu en vrai (ahah). Cet homme est d’une humanité et d’un talent absolument hallucinants. C’est le documentaire Le Sel de la Terre qui m’a fait réaliser toute l’importance et le rôle de la photographie pour l’Histoire. J’ai envie de citer Vivian Maier car son oeuvre ne peut -je crois- pas laisser insensible un amoureux de l’image fixe et du film sensible. Je pense à elle chaque fois que je suis dans la rue et qu’une scène m’absorbe ou qu’un visage accroche mon attention. J’ai aussi une pensée spéciale pour le photographe amateur Ludovic Goubet dont j’ai découvert le travail érotique à 16 ans. C’était dans l’édition 2007 de « The New Erotic Photography » chez Taschen. C’est la première fois que je voyais un projet d’art dont les sujets étaient des hommes et des femmes en plein ébat. J’ai trouvé ça magnifique et très audacieux !

Quelque chose que vous aimeriez ajouter ?

Pour l’instant, je réfléchis à un prototype de site web dédié à Étreinte, à la création d’une nouvelle page Facebook (qui je l’espère réussira à survivre !), ainsi qu’à un nouveau compte Instagram. Leur sortie est planifiée au 2 septembre 2019. J’invite tous les lecteurs curieux et séduits, à garder l’oeil ouvert et à donner de la force après la mise ligne !

logoVous souhaitez en savoir plus sur le travail de Rêvelise ? RDV sur :

Instagram : @etreinte_ 🔥

Facebook : @etreinte 🔥

Site Web : http://www.etreinte.fr

Image de couverture : © Rêvelise Rohart 

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