PMA pour tou.te.s : des hauts et débats

La loi bioéthique est LE sujet qui fait parler depuis plusieurs semaines. Reconnaissance des filiations pour les enfants nés par Gestation Pour Autrui (GPA), mise en place de la Procréation Médicalement Assistés (PMA) pour toutes les femmes… 

La question de la bioéthique fait parler d’elle depuis 2013, année d’adoption de la loi pour le Mariage pour tous sous François Hollande. La loi, menée par Christiane Taubira Ministre de la Justice et garde des Sceaux, avait fait beaucoup réagir, notamment l’aile extrême de la droite et l’extrême droite, permettant alors l’émergence de la Manif pour Tous et du mouvement réactionnaire de droite Sens Commun.

Le candidat Macron avait promis plusieurs choses, notamment une révision de la bioéthique avec un projet de loi. L’idée était simple : ouvrir plus largement la maternité aux couples de femmes, ou encore aux femmes seules. Après être restée deux années à l’état de projet, la loi commence à se concrétiser. Et, comme il y a cinq ans, les réactions ne se sont pas faites attendre: la Manif pour tous a repris le chemin des rues et la droite réactionnaire s’est à nouveau largement exprimée sur le sujet, l’occasion pour nous de revenir sur les différents arguments avancés par les anti-PMA pour tous/toutes et de les décortiquer.

Une famille, c’est un père et une mère.

Dans le système “dominant”, le modèle privilégié est effectivement le modèle ‘Papa+Maman’ car il est issu d’une tradition multi-séculaire de reproduction de l’espèce, en lien, jusque très récemment, avec des pratiques religieuses socialisées. Cependant, à l’heure d’une laïcisation et d’une libéralisation massive des sociétés, il convient de réinterroger ce modèle. Un arguments phares des anti concerne le bien être et le bon développement de l’enfant qui aurait besoin d’un équilibre père-mère, là où il serait plus juste de dire qu’un enfant aurait plutôt besoin d’une figure paternelle et d’une figure maternelle, ce qui est fondamentalement différent. Et même, il serait encore plus juste de dire qu’un enfant a besoin de cadre et d’amour, d’autorité et de liberté pour grandir sainement, sans associer nécessairement fermeté et paternité et douceur et maternité. Tout est questions de pensée dominante dans la société actuelle, ce qui était déjà le large soucis lors de la loi de 2013. Par ailleurs, et pour irriter quelques consciences, on peut ajouter qu’en 2018, ce sont 21 enfants qui sont décédés à la suite de violences domestiques : voilà de quoi remettre en question l’édifice tant vanté de l’hétéroparentalité, qui, comme tout modèle, peut avoir ses failles.

Si on accepte la PMA, on va continuer plus tard vers la GPA, et ce sera la marchandisation du corps de la femme.

Si les femmes homosexuelles peuvent désormais avoir des enfants, qu’elles soient seules ou en couple, pourquoi les hommes homosexuels ne pourraient-ils pas avoir d’enfants aussi ? Cette demande serait tout à fait légitime, et un passage par la GPA serait nécessaire pour ceux d’entres eux qui souhaiteraient avoir un enfant de manière ‘naturelle’  et ne pas adopter. Il est vrai que lorsque le sujet de la GPA arrivera sur la table – ce qui mettra vraisemblablement encore du temps puisque le gouvernement n’est pas prêt à prendre ce risque – il faudra s’interroger longuement : dans quelle mesure seront prisent en charge les ‘mères porteuses’ ? Comment ne pas dériver rapidement vers la question de la marchandisation du corps de ces dernières ? Cependant, ne pas accepter une loi de peur qu’elle ne débouche vers le vote d’autres lois est un calcul quelque peu douteux car, à ce compte, il ne faudrait plus jamais voter aucune mesure de peur des votes ce qu’elle pourrait entraîner par la suite. Par ailleurs, l’argument de la peur d’une marchandisation du corps des femmes semble fallacieux puisqu’il se cache derrière une forme de féminisme alors même qu’il émane majoritairement de mouvements qui prétendent exercer un contrôle sur ces mêmes corps.

Après les légumes OGM, les bébés OGM

Comparer les enfants nés de fécondation in vitro (FIV) et des différentes techniques de mise en relation de spermatozoïdes avec un ovule à la culture OGM a servi de support à l’une des affiches des anti-PMA. Or, est-il besoin de rappeler qu’il n’y a aucun rapport entre ces différents procédés scientifiques puisque dans le dernier cas on modifie la nature alors qu’avec la PMA, on lui donne simplement un coup de pouce, mais il n’est nullement question de modifier des génomes.

Visuel dont Marlène Schiappa a demandé le retrait –  ©La Manif pour tous

Médecine et sociétés doivent conserver chacune leur pré carré

Selon cet argument, la médecine et la science ne devraient jamais travailler en fonctions de demandes sociétales. Mais si nous faisions preuve de mauvais esprit, nous pourrions déclarer que la peste au Moyen-Âge ou Ebola il y a quelques années étaient des faits sociétaux (puisque prenant racine dans la société) et que le corps scientifique, en travaillant à la recherche de remèdes, est sorti de ses prérogatives. La vérité c’est que toute science est fondamentalement sociale et sociétale. C’est la société, ses besoins, ses évolutions, ses problématiques, qui orientent largement le travail scientifique et médical. Par ailleurs, comme l’indique Jacques Gonzalès, médecin et historien de la médecine, celle-ci s’est souvent construite sur la transgression. C’est ce dépassement du légal et/ou du toléré qui est à l’origine de bon nombre d’avancées médicales aujourd’hui indispensables et plus remises en question.

Pour conclure, il faut parfois assumer le fait que ses propres arguments ne sont qu’une traduction d’une conviction personnelle qui ne devrait pas voir de rapport avec un problème qui ne nous concerne pas directement. Remettre en question des lois n’est pas un problème tant que l’opposition se fait sur la base d’arguments justifiables et non pas seulement par principe. 

Article coécrit par Pierre Courtois–Boutet et Juliette Le Bris 

Image à la Une – une manifestation en faveur de la PMA datée de 2013 – Lionel Bonaventure – AFP

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