Rose-Marie Merceron : « Les pouvoirs publics s’en foutent de la situation des gens »

Brusquement décédée à l’âge de 82 ans le 13 février, Rose-Marie était le pilier de l’association Chrétiens migrants. Retour sur cette figure emblématique, à l’investissement infatigable.

Dans la cage d’escalier du 4 allée de Luynes, à Tours, des couples géorgiens et des familles tchétchènes patientent, assis sur les marches ou dos au mur. Ils ne parlent pas français. De chaudes larmes coulent sur les joues d’un bébé. Une fillette aux longs cheveux bruns et au regard malicieux, assise sur une valise imitation Gucci, mange une pomme. Dans le brouhaha des dialectes, on distingue un rire. Celui de Rose-Marie Merceron, bénévole à Chrétiens migrants. L’octogénaire, au gilet rouge velours, part acheter des timbres fiscaux à 139 euros pour une demande de droit d’asile.

Dans la salle d’attente, s’entassent des valises et des sacs à dos. Les murs sont décorés de fresques représentant l’Abbé Pierre et Simone Veil. Une colombe orne le troisième mur, surélevé par le nom de l’association, Chrétiens migrants, écrit en rouge. La devise française y est peinte : « Liberté, Egalite, Fraternité. » Six migrants patientent dans cet espace. Ce mercredi soir, comme quatorze autres personnes, ils sont sans hébergement.

Rose-Marie Merceron
Rose-Marie Merceron, 86 ans, est membre actif de l’association Chrétiens migrants.

Le bureau de Rose-Marie Merceron est spacieux et lumineux. Décorées de dessins d’enfants ou de flyers, quatre grandes armoires sont remplies de pochettes colorées et de gros dossiers alphabétisés. « Ce sont juste ceux de l’année », explique la femme de 82 ans. Sur son bureau, caché par la paperasse administrative, seul un téléphone fixe noir se distingue.

La bénévole qui se décrit comme « l’animatrice » de Chrétiens migrants s’occupe de recevoir et de conseiller les exilés. « Vous voyez la mamie derrière vous, dit-elle en la pointant du doigt, elle a 70 ans, elle est en béquille, elle a des papiers, mais sa fille vient de la mettre à la rue. Nous ne lui trouvons pas d’hébergement. » Le reste de la soirée, la doyenne la passe à contacter le 115, des hôtels, la mairie, des hébergeurs, pour trouver un logement pour les vingt personnes.

Des bénévoles investis

Dans la pièce, Alkan, Albanais, vêtu d’un bonnet noir et d’un jean troué aux genoux, attend, lui-aussi, que Rose-Marie Merceron s’occupe de son cas. Exaspérée, l’octogénaire contacte l’avocate du jeune homme : « Il a reçu ce matin une obligation de quitter le territoire français sous quarante-huit heures. » Un rendez-vous est programmé au lendemain, à 11 heures. Malgré l’aide de Mohamed, bénévole depuis cinq ans, l’animatrice est perdue dans la paperasse administrative. Ce « mi-kabil, mi-arabe » était lui aussi venu demander de l’aide : « En Algérie, j’ai grandi en aidant les personnes dans le besoin. La première fois que j’ai rencontré Rose-Marie Merceron, c’était en décembre. Il faisait très froid, j’avais les mains gonflées. Elle me les a frictionnées tout en me disant  oh, mon fils . Je n’ai jamais oublié. » Dans les couloirs blancs et bleus de l’immeuble, à la gendarmerie, à la préfecture, aux hôpitaux, il s’occupe des traductions.

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Mohamed aide Rose-Marie Merceron dans le traitement des démarches administratives des migrants.

Le téléphone noir sonne de nouveau. Rose-Marie Merceron doit s’attaquer à un autre cas. Sous ses lunettes fines et dorées, ses yeux traduisent une colère. Elle parle d’un Camerounais de 17 ans qu’elle héberge depuis deux ans. Ce dernier vient de subir une lourde opération de la colonne vertébrale. « Ce n’est pas parce que tu as des droits que tu les obtiens », s’exclame la doyenne. La bénévole raccroche le combiné. Elle n’a pas la langue dans sa poche. « Macron va rogner un droit, puis encore un, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien », s’agace-t-elle.

Mésentente municipale

Dzena à la longue chevelure noire, pénètre à son tour dans le bureau de Rose-Marie Merceron. La Macédonienne de 16 ans est venue en France en 2017 avec son père et son frère. Sans logement pour cette nuit, elle aussi a besoin d’aide. La doyenne empoigne alors le cellulaire et contacte un hôtel de la ville. Ce soir, grâce à l’acharnement de la bénévole, elle ne dormira pas à la rue. Pour l’héberger elle et quatre autres personnes, Chrétiens migrants a dépensé 132 euros.

Après de nouveaux reproches à l’égard de la « politique migratoire désastreuse » menée par le président français, Rose-Marie Merceron compose le numéro de la mairie. Sur le répondeur, elle laisse un message incendiaire à l’encontre de la municipalité et des pouvoirs publics. « Il faut faire du bruit. Il n’y a que quand on les emmerde qu’ils comprennent. Ils n’en ont rien à foutre de la situation des gens », s’énerve-t-elle.

Les efforts de la dame âgée sont infinis pour aider les personnes dans le besoin et pallier l’absence des pouvoirs publics. Malgré cette inaction, son dévouement et son acharnement reste intact depuis vingt-deux ans. L’éternelle râleuse s’emporte : « Ça ne coûte rien à la mairie ! »

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