« J’accuse une élite de placer l’art au-dessus de l’empathie. »

« Je suis tombée en fin de matinée sur une tribune de Benjamin Sire dans le Figaro et très honnêtement, j’étais saoulée. Saoulée de voir qu’on pouvait tenir de tels propos, au mieux ineptes, au pire dénués de toute empathie au milieu du fiasco des Césars. Du coup je me suis autorisée à revenir sur quelques points de cet article, si dramatiquement nommé : Cérémonie des César: «Quand la morale s’empare de l’art, la liberté est en danger. »

Une (contre) tribune de Solann Lis-Amboyan.

“L’affaire n’est pas nouvelle. La question du rapport entre l’art, sa fonction, et la morale occupe les philosophes depuis la plus profonde antiquité.”

ALORS, premièrement, permettez moi d’être un peu tatillonne en rappelant qu’utiliser la formule, “Depuis la nuit des temps, les hommes ont toujours fait x”, ou toute autre dérivation, est grandement critiquée en philosophie car clichée et empreinte d’une facilité banale. Je vous reporte à vos cours de terminale, c’est un peu la base. Ma remarque pourrait sembler mesquine et négligeable mais vous verrez que je me l’accorde en raison de l’importance que vous, Monsieur Sire, portez à la forme d’un contenu, et quitte à invoquer la sacro sainteté inatteignable de la philosophie à travers l’Histoire, je préférerais qu’on le fasse correctement. Je continue.

“Elle prend une certaine importance dans la littérature platonicienne qui, réprouvant l’attachement des œuvres au sensible, ne leur accorde du crédit qu’à la seule condition de la prévalence de leur vertu pédagogique sur leur caractère artistique. […] En 1879 le moraliste français Constant Martha, voulant trancher la question, écrivait à ce sujet dans la Revue des Deux Mondes: «[…]L’art doit-il se mettre au service de la morale? […]La morale religieuse ou philosophique est, de sa nature, si jalouse de son droit, si exclusive, si dominatrice, si amie de la discipline, que bientôt elle aurait enchaîné son esclave ou l’aurait même anéanti.»”

Loin de moi l’idée de prétendre que je m’y connais en philosophie, surtout quand elle touche à un sujet aussi épineux que la morale, en revanche, il ne s’agit ici, dans le contexte des césars, ni de morale religieuse ni de morale philosophique mais bien d’une question d’éthique, d’empathie et de dignité.

“Ces joutes restent plus ou moins innocentes tant qu’elles se concentrent sur la création. Elles s’avancent sur un terrain autrement plus glissant quand elles convoquent la moralité même des créateurs et s’interrogent sur la possible séparation entre ces derniers et leurs œuvres. Or, c’est très exactement ce que nous vivons aujourd’hui, à l’heure de la prédominance d’origine anglo-saxonne d’un «politiquement correct» qui applique à toute œuvre une grille de lecture morale où se bousculent les notions de sexualité, de genre, de revendications identitaires ou encore «d‘appropriation culturelle».”

Je m’inquiète pour vous et tous ceux qui partagent cette idée que l’apport de nouvelles perspectives humaines et sociales soient une contrainte à la création. Cela démontre une bien pauvre capacité d’adaptation de la part de personnes qui nous rabâchent de nous adapter à une situation qui favorise les criminels aux victimes. Apprendre à correctement utiliser des pronoms, se renseigner sur les différentes sexualités ou s’intéresser quelque peu aux multiples cultures qui nous entourent et dont nous, Européens, avons largement profité, oui, tout cela me paraît moins compliqué que ce que vous demandez .

Et je m’autorise à préciser que ces perspectives humaines et sociales qui vous contraignent tant ne sont en fait pas nouvelles, mais ressenties et vécues depuis des siècles et sont enfin exprimées par des minorités (n’ayez pas peur si je dis minorité hein) jusque là trop opprimées pour le faire.

Le maintien de monstres dans l’industrie n’est pas le prix à payer pour profiter de beaux films.

Et vous parlez de la prédominance d’une grille morale imposée à l’oeuvre et à l’artiste comme si elle ne se révélait que depuis la récente naissance de ce politiquement correct. Je trouve absurde que la censure des femmes artistes, des personnes de couleurs artistes, des homosexuels artistes ne vous vienne pas en tête. Mais en effet, ces censures ne vous concernent pas et ne vous intéressent pas, où avais-je la tête.

“ Il y a quelques semaines, le dessinateur Xavier Gorce, connu pour sa représentation de pingouins s’exprimant sur les questions politiques du moment, mettait en scène deux d’entre-eux dont l’un disait à l’autre: «Le livre que je suis en train de lire est archi nul, mais l’auteur est moralement irréprochable». Cette phrase est la parfaite représentation des enjeux auxquels nous sommes actuellement confrontés.”

Nous ne manquons pas d’auteurs talentueux et moralement irréprochables.Trouver des oeuvres emplies talent ne nécessite pas le sacrifice de l’éthique. Je trouve ridicule cette défense qui dit que si l’on cessait de mettre en avant des artistes qui sont accusés de crimes ignobles, car c’est bien le mot, il ne resterait pas grand chose du 7eme art. C’est faux. D’autres artistes auraient créé d’autre chef d’oeuvres. Le maintien de monstres dans l’industrie n’est pas le prix à payer pour profiter de beaux films. Ca devrait être simple à comprendre. Mais effectivement, plus on leur laisse de la place, plus ils s’installent et plus on considère que ça serait manquer de respect à l’institution du cinéma que de les blâmer.

“Ainsi, non seulement l’art devrait être parfaitement moral et en conformité avec un «progressisme» dont les contours évoluent pourtant d’une époque à l’autre, mais l’artiste lui-même se voit intimer l’ordre de s’avancer vierge de toute turpitude.”

Intimer. Pas sûre qu’on lui intime grand chose à l’artiste vu qu’il lui est possible de remporter un prix de meilleur réalisation. Mais oui effectivement, ce “tribunal populaire” qui fait si peur aimerait qu’on ne mette pas en avant des criminels qui ont détruit des gens.

Ensuite Monsieur Sire, vous dites “turpitude” ça me fait rire, même si c’est un rire jaune. Je prends cette phrase dans le contexte de l’histoire de Polanski, puisque c’est le sujet de cet article.

Ici, “turpitude” est alors défini comme : 12 accusations de viol dont 11 sur mineurs. Et, histoire de détailler un peu plus, sodomie infligée à une enfant de 13 qu’il avait drogué. Turpitude pour laquelle il plaide coupable pour “détournement de mineur”. Turpitude pour laquelle il est condamné, et passe 47 jours en prison puis échappe à la justice. Mais je ressasse, on sait déjà tout ça.

Et non, notre époque n’oblige pas l’art à être “parfaitement moral etc”. Notre époque encourage la liberté artistique, elle encourage les oeuvres qui choquent. On observe cependant le message qu’elles véhiculent et, grâce au principe de liberté d’expression, on se permet le droit d’un avis. Mais dans toute cette affaire, ce n’est pas l’oeuvre que l’on critique mais l’homme qui en est le créateur.  

“Une telle conception devrait faire sourire, tant, si elle avait été appliquée au fil des siècles, elle aurait vidé nos musées et nos bibliothèques de l’essentiel de leur contenu.”

Donc Monsieur Sire, vous reconnaissez que cette attitude de complaisance face au crime est présente et est néfaste depuis des siècles et des siècles ? Bien. Et je me permets d’émettre l’hypothèse suivante : Peut être se trouvait il chez les personnes détruites par ces artistes vénérés, des potentiels artistiques ? Peut être que les événements traumatisants qui ont marqué leurs vies ont écrasé des oeuvres remplies de génies qu’on placerait encore aujourd’hui au rang de chef d’oeuvres dans le patrimoine de l’humanité. Peut être que l’attention de ceux qui aiment tant l’art aurait dû être placée dans la protection de ces jeunes esprits. Mais je vais un peu trop loin je pense, accorder une possible sensibilité artistique à des victimes est surement un peu trop progressiste. Penser ainsi est absurde. En revanche, récompenser un violeur d’enfant en toute impunité ne l’est pas.

“Encore plus si les valeurs d’une certaine époque se voyaient interrogées à l’aune de la nôtre, comme cela s’est pourtant récemment produit avec les attaques au parfum de censure contre la mise en scène des Suppliantes d’Eschyle, par le plus parfait helléniste Philippe Brunet, au prétexte que la pièce ainsi présentée serait «colonialiste, afrophobe et raciste».

Exit donc les œuvres à contre-courant de la morale de l’époque, dont la liste incontinente ne pourrait être dressée en une vie.”

Pas la peine de tirer des conclusions hâtives et d’utiliser des formules si dramatiques. Ce n’est pas tant la pièce qui est critiquée dans l’exemple donné mais, déjà, le choix de la pièce et plus grandement l’inconscience du metteur en scène qui a décidé de garder des élément pouvant ostensiblement être qualifiés de racistes.

“Exit donc les artistes tutoyant la drogue, l’alcool, la perversion sexuelle, les idées politiques minoritaires ou jugées dangereuses.”

Quelques petites choses à déballer : premièrement, notre société ne dit pas exit à un artiste, vous avez pu le remarquer, même reconnu et condamné pour crime grave, un artiste ne s’arrêtera pas de créer, la situation nous le prouve bien. Ensuite vous assimilez plusieurs notions ensemble qui n’ont pas les mêmes valeurs et le même poids dans la façon de percevoir un individu. Je suis d’accord avec le fait que si on disait “exit” à tous les artistes ayant tutoyé la drogue et l’alcool, la bibliothèque s’en retrouverait amoindrie. Vous parlez de perversion sexuelle. Là je ne sais pas tellement ce que vous définissez par là. Parlez vous de fétichisme et pratiques tabou dans les moeurs ou bien parlez vous d’une perversion sexuelle punie par la loi ? Le premier cas, il ne devrait en aucun lieu influencer la vision que nous avons d’un artiste et de son art, en revanche le second devrait le faire.  En effet dans les perversions sexuelles condamnées par la loi on retrouve tous les comportements sexuels qui incluent une personne non consentante. Inutile de dire que tout individu normalement constitué d’un sens de l’éthique devrait au moins se demander s’il est sage de donner une telle plateforme d’expression à quelqu’un d’aussi fautif. Enfin pour résumer, un artiste peut penser ce qu’il veut. En revanche, à partir du moment où ses comportements nuisent à autrui, il ne devrait pas profiter d’une telle impunité, tout simplement parce qu’il est artiste et devrait répondre de ses actes.

“Exit encore, et à double titre, les œuvres équivoques produites par des personnalités ne l’étant pas moins. Exit finalement l’art dans son ensemble, à l’exception de celui flattant tantôt le régime en place, tantôt les tenants de la morale dominante, quand ce n’est pas les deux en même temps. Chaque fois dans l’Histoire récente que cette notion de morale et ses soubassements politiques se sont emparés de l’art, c’est toujours la liberté dans son ensemble qui s’est vue mise en danger.”

Dans ces lignes transpire une telle peur travestie en mépris. Ce mouvement du “politiquement correct” ne vise pas à annihiler la culture. Rassurez vous, on ne fera pas un autodafé des oeuvres de Victor Hugo, Rousseau, Diderot, Maupassant, Voltaire parce qu’ils ont eu des propos et des comportements répréhensibles. Et l’art n’est effectivement pas censé être au service d’une personne ou d’un régime et il ne tombera pas dans une platitude morne si notre société tente de resserrer un peu ses critère éthiques. Faire preuve d’empathie pour les victimes et d’une juste sévérité pour les artistes fautifs ne détruira pas la notion d’art.

Je saute le passage où vous évoquez la révolte qu’avaient provoqués Elvis et Mick Jagger par leur comportements ainsi que la comparaison lointaine entre les critiques qu’ils engendraient et nos revendications face à l’impunité de Polanski, n’ayant pas trop envie de m’y attarder tant vous vous contorsionnez pour servir votre propos.

“Les artistes étaient écartées non à raison du message qu’ils émettaient dans leurs œuvres, mais à raison de leurs idées politiques, même si celles-ci ne transpiraient pas dans leurs créations. C’est à cet opprobre qu’est par exemple aujourd’hui confronté Roman Polanski. Nul ne reproche à son film, ni son sujet, ni son traitement, mais le fait même qu’il puisse être présenté à l’heure où #MeToo fait des ravages dans la production cinématographique, autant qu’il éclaire positivement sur les abus sexuels ayant eu cours dans la profession.”

Comprenez que pour les victimes, le fait que le mouvement #Metoo “éclaire positivement sur les abus sexuels ayant eu cours dans la profession” n’est pas suffisant. Ce mouvement qui vous fait si peur a pour but d’éclairer, oui, ça c’est fait, mais aussi de dénoncer spécifiquement les individus, de les condamner et de s’assurer que de tels comportements ne se reproduisent jamais et que les prédateurs de ce métier vivent dans la peur des répercussions de leurs actes. Car c’est cette peur chez eux qui empêchera les victimes et qui que ce soit d’autre d’être harcelées, violées, attouchées, humiliées et traumatisées en silence, au nom de la prospérité et de la réputation de l’industrie cinématographique. Ces mesures, ces revendications vous semblent surement exagérées, entravant la création d’artistes de renom. Comprenez simplement que ces sentiments là importent peu. Si c’est le prix à payer pour un environnement plus sûr, il est infime.

“Seules les œuvres, et non le pedigree de leurs auteurs, mériteraient d’être considérées pour les Césars.”

Dans un monde parfait oui. Pas dans un mode où le “pedigree de l’auteur” est le viol d’enfant qui demeure impuni. Je n’arrive pas à croire qu’il soit nécessaire de le préciser.

Je passe aussi la comparaison entre Polanski, un homme accusé de pédophilie et de viol, ayant plaidé coupable, qui n’a pas purgé sa peine et Ladj Ly, un homme ayant passé 1 an en prison pour une affaire de moeurs où il a simplement été témoin, considéré comme complice, et où il a toujours revendiqué son innocence. Et aussi, je ne m’attarde pas sur le passage où il est dit que Ladj Ly “coche plusieurs cases d’immunité mises en avant par les «progressistes», à savoir venir de banlieue et être «racisé», selon l’expression à la mode” mais ne devrait pas pour autant être possesseur d’un “quitus moral”. 

“Dans les deux cas pourtant, seules les œuvres mériteraient d’être considérées pour les Césars et non le pedigree de leurs auteurs. Parce que s’y refuser serait aussi, concernant les deux films, passer à côté de leurs sujets, fondamentaux, à savoir d’un côté l’affaire Dreyfus dans un contexte de montée de l’antisémitisme, et de l’autre la question de la banlieue dans un moment où les violences policières ne cessent d’être interrogées.

Cela revient donc d’un côté à invalider un message à l’aune de la biographie de son émetteur, de l’autre à laisser à une autorité morale indéfinie le choix liberticide de décider de ceux qui ont le droit de s’exprimer. Or, cette autorité morale est aujourd’hui représentée, davantage que par des gouvernements, par des groupements d’intérêts privés se réclamant du progressisme, dont les motivations visent à établir une hiérarchie identitaire entre les êtres humains. Ceux-ci se voient essentialisés en fonction de leur genre, de leur couleur, de leurs mœurs ou de leur âge, comme en témoigne le hashtag #OKBoomer visant à discréditer toute parole émise par un senior.”

De un : Si la biographie d’un auteur comprend des viols d’enfants, l’auteur ne devrait pas être autorisé à faire autre chose que purger sa peine et encore moins recevoir des récompenses. Mon Dieu.

De deux : On ne peut pas accuser les gens de vouloir créer une hiérarchie identitaire quand on soutient justement une idée de hiérarchie culturelle qui place un prédateur pédophile, qui se trouve être réalisateur, au dessus de ses 12 victimes

De trois : Ces “groupements d’intérêts privés” ne visent pas à organiser une hiérarchie identitaire en fonction du genre, de la couleur de peau, des moeurs ou des âges, ils visent à reconnaître les injustices subies par les minorités et à faire accepter que, vraisemblablement, ceux qui ne se trouvent pas dans ces minorités sont privilégiés. Ça n’est pas une opinion progressiste, c’est un fait. Un fait qu’il vous est sûrement difficile d’entendre mais un fait quand même. Et un fait qui n’enfreint en aucun cas votre liberté personnelle de vivre.

Et de quatre, et je n’en reviens pas de devoir commenter ce genre de propos ; “Ok boomer” n’est pas une expression visant à discréditer TOUTE parole émise par un sénior, merci de ne pas en faire des caisses parce qu’on vous reproche lointainement quelque chose, mais une expression des “millenials” et les “gen Z”, nés d’un ras le bol d’être considérés comme les pire maux de la société et d’être accusés de ne pas participer à cette dernière de façon convenable aux yeux des séniors qui ont eux même rendu la simple tâche de vivre beaucoup plus difficile pour les plus jeunes (réchauffement climatique, crise financière, prix du logement, je continue ou c’est suffisant ?).

Une société qui a comme fondement la glorification de l’oppresseur en même temps que l’humiliation de ses victimes ne mériterait-elle pas d’être ébranlée ?

“Se retrouve ici, comme en d’autres domaines, une prévalence différentialiste ayant la volonté d’ébranler les fondements universalistes de notre société et d’instaurer une sorte de dictature des minorités. L’art dans son ensemble et le cinéma en particulier ne méritent pas ça.”

Personne ne veut instaurer une dictature. Votre paranoïa de la bienséance vous fait vous placer en victime là où vous avez tous les privilèges et où vous avez profité d’un système injuste vous favorisant toute votre vie. Tout ce qui est demandé dans cette affaire est simple : ne pas récompenser un pédophile qui devrait être en prison. Et même si le but était réellement “d’ébranler les fondements universalistes de notre société”, quel serait le problème ? Une société qui a comme fondement la glorification de l’oppresseur en même temps que l’humiliation de ses victimes ne mériterait-elle pas d’être ébranlée ? Je pense au contraire que l’art dans son ensemble et le cinéma en particulier le méritent. Ils méritent un système plus juste, qui n’entrave pas le génie et la création et qui protège la dignité des faibles.

Je ne fustige pas les acteurs, je ne fustige pas l’histoire racontée, je ne fustige même pas Polanski, cela a déjà été fait et tout a été dit. Non, je ne fustige pas mais j’accuse (oui quel jeu de mot intelligent, je sais). J’accuse Polanski de ses crimes évidemment, j’accuse des producteurs d’offrir une absolution par l’oubli et la prescription à un criminel jugé et condamné qui n’a pas payé pour ses délits, qui je le rappelle ont un prix humain. J’accuse une élite de privilégiés (oui car quand on peut se permettre de considérer des viols sur mineurs comme des turpitudes j’appelle ça une élite de privilégiés) d’une complaisance écoeurante qui elle aussi a un prix, celui d’enfoncer dans l’inconscient collectif de notre société que l’art et le talent absolvent de tous péchés et que les victimes de l’artiste ne sont que des erreurs qu’il a commises et qu’il serait injuste de priver le monde de son génie et vice versa. J’accuse cette élite de placer l’art au dessus de l’empathie, sous prétexte que l’art reste et traverse les siècle, au nom de la beauté, peu importe la laideur humaine de l’artiste. L’empathie devrait, si ce n’est surpasser, égaler l’art dans sa reconnaissance car si nous vivons aujourd’hui dans une société où nous pouvons être soignés quand nous sommes malades, nourris quand nous sommes affamés, protégés quand nous sommes en danger, c’est grâce à cette empathie et à cette capacité à se mettre à la place d’autrui. L’empathie a maintenue des peuples debout après les guerres, l’empathie a reconstruit et pansé les plaies. De l’empathie naît le réconfort de se sentir protégé par la présence de l’autre. C’est l’empathie et la solidarité qui ont poussé Adèle Haenel et tant d’autres à sortir de la salle et même avant ça à créer un tel élan de révolte.

Oui l’empathie n’est pas aussi reluisante que l’art. Elle est l’effort qu’on ne remarque pas à côté des paillettes du génie artistique.

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Par Solann Lis-Amboyan 

 

 

 

 

Image à la Une © AFP 

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