Migrants : Des Tourangeaux se mobilisent contre l’expulsion d’un squat

Deux mois. C’est le répit obtenu par les migrants mineurs non accompagnés du squat du Plan B. Mercredi 5 mars, ils étaient jugés pour occupation illégale par le Tribunal d’Instance de Tours, rue Edouard-Vaillant. Associations, exilés et Tourangeaux se sont mobilisés contre une éventuelle expulsion.

« Ce matin, nous sommes là pour le Plan B, un squat réquisitionné il y a plus d’un an, parce que nos institutions laissent des jeunes à la rue. » Micro à la bouche, Marine, porte-parole d’Utopia 56 Tours, grogne sa colère devant le Tribunal d’instance, mercredi 5 mars.

L’audience est en cours pour statuer sur le sort des mineurs non accompagnés (MNA) du squat du Plan B, quartier Velpeau. Une vingtaine de migrants, âgés de 15 ans à 18 ans, sont concernés. Si ces jeunes sont expulsés, les rues tourangelles seront leur nouveau domicile. Utopia 56 – qui agit chaque jour auprès des migrants via des maraudes de distribution, d’information et des solutions d’hébergement – est révoltée. L’association demande notamment qu’une « solution de relogement digne et pérenne soit proposée à tous les jeunes menacés d’expulsion ».

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Une des pancartes lors de la mobilisation de soutien. © Marie Désévédavy

Malgré les intempéries, plus de trente personnes se rassemblent, accompagnées du son Né quelque part, de Maxime Le Forestier. « Est-ce-que les gens naissent égaux en droits ? À l’endroit où ils naissent. » À l’entende, ce refrain prend alors toute son importance. L’audience est à huis clos, mais ces citoyens souhaitent faire entendre leur voix. Armés de banderoles « Tours laisse des mineurs à la rue » et de pancartes « L’expulsion c’est pas la solution », les Tourangeaux expriment leur indignation face à la possible expulsion du Plan B.

Immobilisme institutionnel

Les manifestants dénoncent des institutions immobiles face aux problèmes de logement des migrants. « Avant la réquisition de ce squat, nous avions déjà tout essayé, se désole Solène Manceau, en service civique à Utopia 56 Tours. Tout le monde a été sollicité : les villes, les départements, les associations, les églises, les mosquées. Pour ces jeunes-là, un squat ce n’est pas du tout l’idéal. Mais c’est la dernière solution. D’autres migrants sont hébergés par des citoyens. Mais même eux devraient recevoir une autre solution de la part de l’État et du département. Ce n’est pas le travail des populations. »

La musique s’arrête. Le son de la pluie battante sur le goudron de la rue Edouard-Vaillant reprend progressivement le dessus. Parapluies et capuches visées sur la tête, sept dames aux manteaux colorés rejoignent la mobilisation. Elles sont membres de la chorale engagée La Petite rouge de Touraine. Partitions en main, elles entonnent des chants de soutien aux sans-abris.

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Au centre, Marie-Dominique est l’une des membres de la chorale La Petite rouge © Marie Désévédavy

9h30. Le verdict tombe. La décision d’expulsion est repoussée. Une nouvelle audience est programmée au jeudi 7 mai. « Je ne sais pas si c’est une victoire mais c’est un gain de temps. Les jeunes vont pouvoir souffler jusqu’au mois de mai. C’est un soulagement pour eux », réagit Marie-Dominique, l’une des artistes. Avec ses amies chanteuses, elles sont venues, comme à leur habitude, défendre une cause qui leur tient à cœur : « On essaie de ne pas être une chorale lambda. Nous devons être en lien direct avec le terrain des luttes. C’était important de chanter aujourd’hui, car nous sommes révoltées par ce qui se passe. C’est une question d’humanisme, tout simplement. »

Utopia 56, Chrétiens migrants : même combat

Le soutien de tous ces acteurs s’est une nouvelle fois révélé nécessaire. Car malgré son statut de « pays des droits de l’Homme », comme aime le répéter la porte-parole d’Utopia 56 Tours, la France durcit sa politique migratoire. Marginalisés, stigmatisés, invisibilisés, les migrants la subisse de plein fouet. À Rennes, l’expulsion d’un Guinéen a également ému l’opinion publique. Aly Diawara, 21 ans et futur papa, devait se marier avec Ingrid Berthet l’été dernier. Cela n’a jamais eu lieu. Le jeune homme a été emmené au centre de rétention administrative (CRA) de Rennes, en novembre 2019. Ses demandes de régularisations avaient toutes été rejetées. Sous soupçon de mariage blanc, il a été renvoyé, le 15 janvier, dans son pays d’origine. « Nous avons honte de voir la France se comporter comme cela vis-à-vis des migrants », s’emporte Marie-Dominique, une des choristes.

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Malgré la pluie, les manifestants ont apporté leur soutien aux migrants du Plan B. © Coline Davy

Rose-Marie Merceron, figure emblématique de Chrétiens migrants, avait aussi fait de la défense des droits des migrants son cheval de bataille. Âgée de 82 ans, la bénévole de cette association tourangelle œuvrait depuis plus de vingt ans pour les migrants. Elle est brusquement décédée le 13 février. Dans son discours, Marine a souhaité lui rendre hommage : « Nous sommes la belle société, une France qui accueille, qui n’a pas peur et qui lutte. La France que Rose-Marie voudrait. »

Marie Désévédavy et Coline Davy

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