Ils ont fait le choix de ne pas rentrer à la maison

La pandémie de covid-19 a confiné plus de la moitié de l’humanité à la maison. Du Viêt-Nam à l’Espagne, de la République Démocratique du Congo à la Nouvelle-Zélande, cinq Français expatriés ont accepté de nous raconter leur quotidien, loin du pays. 

« Ça ne m’est pas venu à l’esprit de revenir en France, tu penses bien. » Pierre-Louis est expatrié au Viêt-Nam, plus exactement à Phan Thiet, dans le sud du pays. Après un stage de six mois dans une entreprise d’importation de vins et spiritueux vers les pays de l’Asie du Sud-Est, il a décidé de mettre ses études entre parenthèses. « Ça m’a vraiment plu, j’ai décidé de continuer à travailler avec eux ». Le pays a recensé ses premiers cas de covid-19 dès le mois de janvier. « Le gouvernement a directement compris que c’était une terrible maladie », dit-il. « Dans les supermarchés par exemple, on nous prend notre température à l’entrée, puis on nous sert du gel hydroalcoolique. Il n’y a jamais eu de pénurie de masques ici, c’est dans nos habitudes d’en porter, à cause de la pollution », explique-t-il. En 2003, le Viêt-Nam a été le premier pays où le SRAS s’est propagé à partir de la Chine. Aujourd’hui, sa réaction est fondée sur les enseignements tirés du passé.

Avec ses 96 millions d’habitants, le Vietnam fait figure d’exemple au sein de la communauté internationale (260 cas confirmés au 12 avril, 0 décès selon les autorités, ndlr). C’est également le cas de la Nouvelle-Zélande, qui a recensé son premier cas de covid-19 à la fin du mois de février. Mais Blandine a un avis plus mitigé. Originaire de Meudon, dans les Hauts-de-Seine, elle a fait le choix de partir seule, il y a trois mois « pour une aventure humaine » et pour travailler « grâce au working holiday visa ». « Du fait du retard de l’épidémie ici, le gouvernement aurait dû, selon moi, anticiper plus rapidement la fermeture des frontières », estime-t-elle. La Nouvelle-Zélande compte aujourd’hui 1 049 personnes contaminées par le virus, et quatre décès.

L’inégalité entre les pays face à la crise

Inédite par son ampleur et par son haut degré de contagiosité, la crise sanitaire engendrée par le nouveau covid-19, bouscule tous les agendas. Qu’ils soient sportifs, politiques ou culturels. En ce sens, les gouvernements sont contraints de prendre des décisions importantes et d’avancer vers un avenir difficile à prédire. D’autre part, tous les pays ne sont pas égaux face au virus. Les pays occidentaux ont forcé le confinement pour limiter la propagation, avec pour certains des possibilités de chômage partiel, d’aides aux entreprises ou de possibilités de télétravail. Mais les pays en voie de développement, à l’économie fragile, se confrontent à des situations explosives.

C’est le cas par exemple du Mexique. Elina, originaire de Bordeaux, vit actuellement dans l’État de Nayarit. Elle explique qu’il est très compliqué de faire respecter un confinement aux conditions similaires à celle des pays occidentaux. « Ici le travail informel est omniprésent », dit-elle, « la plupart des gens se nourrissent avec ce qu’ils gagnent le jour même. On comprend qu’une quarantaine sur un mois ou plus est juste intenable pour grand nombre d’individus ». 56 % des Mexicains vivent du travail informel, tandis que la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté.

La situation est similaire en République Démocratique du Congo, où Clémence* est travailleuse humanitaire. Elle note que le gouvernement essaye de ne pas se calquer sur les mesures prises ailleurs, qui pourraient s’avérer « inapplicables » ou « inefficaces » pour le cas du pays. « Il y a quelques temps, le gouverneur de Kinshasa (Gentiny Ngobila, ndlr) a annoncé le confinement total de la ville, qui compte 10 à 15 millions d’habitants. La population n’avait que quelques heures pour s’y préparer. Mais quatre heures avant le début du confinement, celui-ci a été annulé à la suite de spéculations sans précédent sur le prix des denrées alimentaires de base. Ça aurait pu être un désastre », analyse-t-elle.

« Imaginez l’impact d’un confinement sur des milliers de ménages de dix personnes, vivant dans des 5 mètres carré, sans eau ni électricité, avec des revenus faibles et incertains », ajoute-t-elle. Alors le gouvernement a dû renoncer, et choisir un confinement « par quartier ». Bien que les autorités tentent de faire respecter des règles plus souples, la population reste « très vulnérable aux chocs économiques », explique-t-elle. Aujourd’hui, la République Démocratique du Congo compte 234 cas confirmés, et 20 décès.

Le cas du confinement « à l’occidentale »

En Europe ou dans les anciens pays du Commonwealth, les gouvernements ont pu imposer des confinements plus stricts. Mais ces pays ont pu le faire notamment grâce aux dispositifs mis en place afin de « limiter la casse » au niveau économique et social. Et parce qu’ils n’en avaient vraisemblablement pas le choix. L’Europe constitue en effet depuis le 13 mars 2020 le foyer central de l’épidémie, selon l’Organisation mondiale de la Santé. Redouane, expatrié à Madrid depuis maintenant deux ans, vit avec sa famille un confinement assez similaire à la France. « Le pays est actuellement très touché, plus qu’en France. Il y a eu des mesures drastiques (le 15 mars, ndlr), avec un confinement instauré à Madrid dans un premier temps, puis il a vite été étendu à toute l’Espagne », dit-il. « Cette mesure a bien été accueillie, c’est ce qu’il fallait faire. » L’état d’alerte est déclenché le 13 mars 2020, alors que le pays compte déjà 4 209 cas et 91 décès.

Malgré une situation sanitaire très dégradée, et des tensions ravivées à cause d’un manque de rapidité dans la prise de décisions importantes ayant favorisé la contagion, Redouane relativise. « Personnellement, je télétravaille. L’ambiance est calme. Je suis plutôt casanier alors le confinement, je le vis bien. C’est juste un peu plus compliqué pour ma fille, qui a deux ans, et qui ne comprend pas bien pourquoi du jour au lendemain on a arrêté de sortir », explique-t-il.

La Nouvelle-Zélande, où le confinement a commencé mercredi 25 mars, a aussi rencontré son lot de désagréments. Blandine raconte que beaucoup de backpackers (personnes qui voyagent de façon autonome et à moindre frais, ndlr) se sont retrouvés « en difficulté ». « Il est interdit de se confiner dans son van ou dans sa voiture », dit-elle. « Beaucoup de gens ont donc cherché un logement, le marché était saturé. Les logements coûtent très chers ici. » Elle ajoute que « certains Air b’n’b n’ont pas hésité à monter leurs prix » face à la forte demande. Mais des réponses ont vite été trouvées, notamment par le gouvernement Français, qui a mis à disposition le site SOS un toit afin de mettre en relation ces voyageurs avec des hébergeurs, le temps de la crise. D’autres plateformes de mise en réseau comme HelpX ou Woofing ont également appuyé cet élan de solidarité.

Finalement, confinés ou limités dans leurs déplacements, Pierre-Louis, Blandine, Elina, Clémence et Redouane ont fait le choix de ne pas rentrer à la maison. Afin de limiter la propagation, de ne pas risquer de contaminer des proches, ou tout simplement parce que la vie continue, malgré tout.

*le prénom a été modifié

Paul Boyer et Amel Zaki, étudiants à l’école publique de journalisme de Tours (EPJT) 

 

Image à la Une © Tourists, wearing facemasks amid fears of the spread of the COVID-19 novel coronavirus, walk on a street in Vietnam on March 16, 2020. Nhac NGUYEN / AFP.

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