Covid-19. La solidarité s’organise dans les bidonvilles indiens et mexicains

Alors que le Covid-19 poursuit sa propagation, l’extrême pauvreté s’aggrave dans les bidonvilles d’Inde et du Mexique. Les disparités sociales et économiques se renforcent. Pour compléter les aides gouvernementales voire pallier leur absence, l’entraide s’est organisée au sein de ces campements. 

Inde. Mexique. 15 085 kilomètres les séparent, et pourtant, ces deux pays doivent gérer les populations des bidonvilles en cette crise sanitaire du Covid-19. « Au Mexique, les organisations criminelles et les cartels de drogue distribuent des caisses d’alimentation pour un mois aux familles », raconte Mariana, professeure d’anglais originaire de Toluca, au centre du pays. Au pays de Gandhi, « le gouvernement a interdit les bénévoles ou tout parti politique à aider les gens dans la distribution de nourriture ou de produits essentiels d’épicerie », témoigne Pooventhan, ingénieur logistique originaire de Coimbatore, ville située dans l’état du Tamil Nadu, au sud de l’inde.

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© Louise Hervieux

 
Solidarité au sein des bidonvilles 

Les habitants de ces campements sont devenus dépendants des aides financières et alimentaires. La solidarité s’est alors organisée entre les travailleurs résidants au sein des bidonvilles. En cette période de pandémie, les familles indiennes bénéficient de « 1 000 roupies (soit 12 euros, NDLR), de dix kilogrammes de riz et de cinq kilogrammes de lentilles par foyer », rapporte Murugan, qui habite dans le bidonville de Chennai avec sa femme et son fils. Ces ressources, offertes chaque mois par l’état, s’avèrent toutefois insuffisantes pour les familles issues des bidonvilles. Faute de pouvoir travailler, Ravi a été contraint « d’emprunter de l’argent à mes amis » pour pouvoir survivre.

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 Bidonville de Chennai (Inde), © wikimedia

Murugan fait, de plus, partie des employés qui ont choisi de cotiser pour soutenir ses collègues issus d’autres états. Les quelques moyens déployés en Inde sont, ainsi, discriminatoires puisque chaque état impose ses propres mesures à ses résidents. Dès lors, toute personne isolée dans un autre état que celui d’origine ne peut prétendre à une aide. Les travailleurs, venant principalement du nord du pays, ont été contraint de s’installer sur leur lieu de travail. Le confinement national a débuté quatre heures après l’annonce du Premier ministre Narendra Modi, le 25 mars. Son gouvernement n’a volontairement « pas donné le temps de retourner chez soi car ça peut être une cause de propagation du virus », explique Murugan.

Des réaction politiques variables

Toutefois, malgré des mesures économiques et sociales disparates, l’Inde prend cette crise très au sérieux. Le 14 avril, le Premier ministre Narendra Modi a prolongé le confinement de deux semaines, soit jusqu’au 3 mai. Il a encouragé sa population à poursuivre ses efforts : « En dépit des difficultés, vous sauvez la nation. Nous ne devons pas baisser la garde. Je prie pour la santé de tous. »

A l’inverse, le président mexicain Andrés Manuel Lopez Obrador a tardé à adopter des mesures politiques pour répondre à la crise sanitaire. Cela a entraîné le développement de théories complotistes de la part d’habitants, doutant de la réalité du virus. « Des personnes affirment que la maladie n’est pas réelle et qu’il s’agirait d’une invention des gouvernements mondiaux afin de créer une crise économique et politique pour enrichir les grandes entreprises pharmaceutiques », se désole Mariana, l’enseignante mexicaine. 

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Bidonville dans le district de Iztapalapa à Mexico (ville) © flickr

Au début, ce sont seuls que les Mexicains ont affronté et géré cette pandémie. L’état d’urgence n’a seulement été décrété le 30 mars. Après s’être confinés d’eux-mêmes, des habitants ont décidé, à leur échelle, de s’entraider. « Les organisations humanitaires et des groupes bénévoles ont commencé à collecter des aliments et des produits de première nécessité pour les personnes se trouvant au chômage », raconte la jeune femme. Toutefois, certains habitants n’ont pas d’autres alternatives que d’aller travailler. Près de 56 % des Mexicains vivraient d’activités commerciales non-déclarées, selon le journal économique El Economista. L’argent récolté par ces vendeurs ambulants est essentiel pour leur survie. C’est face à cette précarité que le sous-secrétaire de la Santé, Hugo López-Gatell, justifie l’absence de confinement : « Des mesures extrêmes pourraient avoir des conséquences plus graves que celle du coronavirus  dans un pays où la moitié de la population est pauvre, vivant au jour le jour. » Dans son dernier bilan, réalisé en 2010, le Conseil national mexicain recensait environ 26 76 000 personnes vivants dans des conditions graves ou très graves de marginalisation et de pauvreté.

Si certains peuvent se protéger et s’isoler socialement, d’autres ne disposent pas des conditions financières et matérielles nécessaires. Pour faire face à l’amplification des inégalités sociales durant la crise sanitaire, l’institution catholique oeuvre aussi pour les plus démunis. Alors que l’Église de Mexico organise des collectes alimentaires, Atmadarshan – une chaîne de télévision indienne catholique – a mis en place #FeedAStomach, un programme de distribution de denrées. 

Par Marie Désévédavy et Louise Hervieux

 

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