COVID-19. AU CHILI, L’ÉCONOMIE NATIONALE PRIME SUR LA SANTÉ DES HABITANTS

Depuis le 16 mars, les Chiliens font face à un confinement partiel pour limiter la propagation du virus. Pourtant, les mesures prises par le président Sebastián Piñera afin de protéger l’économie nationale, ont été très fortement critiquées par la population.

« À Santiago, le métro est bondé tous les jours. Les personnes les plus pauvres sont obligées d’aller travailler. Sinon, elles ne peuvent pas se nourrir », raconte le kinésithérapeute Javier Gregorio*, originaire de Chillan, au sud du Chili.

Cette injonction à aller travailler accentue les inégalités socio-économiques entre les habitants. Le Chili est d’ailleurs surnommé par les économistes « le laboratoire du néolibéralisme”, tant le pays est guidé par la logique de marché. « Ici, l’Etat ne s’occupe pas des travailleurs. Les entreprises sont protégées par une loi qui leur permet de virer ceux qui ne peuvent pas aller au travail du fait du Covid-19 », témoigne-t-il.

Un confinement à la carte

Le confinement obligatoire a été instauré le 16 mars, mais de manière différenciée. Le président conservateur de droite, Sebastián Piñera, s’est défendu annonçant, à la télévision nationale, qu’une quarantaine totale n’était pas « soutenable ». Il a ensuite ajouté : « Le Chili a suivi les conseils de l’Organisation mondiale de la santé, le panel d’experts et les pays amis pour mettre en place une quarantaine stratégique et sélective. Nous allons mettre en place la quarantaine là où elle est le plus nécessaire et la lever quand les circonstances se seront atténuées. »  

Le président chilien Sebastián Piñera DR

Le chef d’Etat a préféré protéger, en priorité, les habitants des communes aux ressources les plus importantes. Et ce, afin d’affecter le moins possible l’économie nationale.

Sebastian Jerez, physiothérapeute dans un hôpital public de Santiago, est très critique envers le gouvernement : « Pendant cette crise sanitaire, des décisions ont été prises pour protéger les intérêts économiques des grandes entreprises plutôt que de protéger la santé de la majorité, c’est-à-dire de la classe ouvrière. »

Effondrement du système de santé

Javier Gregorio partage son point de vue : « Pinera a géré la crise lentement. Quant au ministre de la Santé, Jaime Mañalich, personne ne le croit ici. Nous n’avons pas confiance dans le gouvernement », poursuit le kinésithérapeute, confiné chez lui depuis fin mars. « Ils ont volontairement manipulé les informations afin que le nombre de cas déclarés positifs et de morts soit très bas. Cela à conduit à une ré-ouverture prématurée de l’économie », proteste Sebastian Jerez.

Au 12 mai, le pays comptait 323 décès et 30 063 cas confirmés de Covid-19, selon le décompte de l’Université Johns Hopkins. Alors que la France a débuté son déconfinement le 11 mai, la situation s’aggrave au Chili. « Le 12 mai, le Chili est passé à plus de 1 000 contaminations par jour. La majorité des hôpitaux sont à 90 % de leur capacité. Les premiers décès pour manque de ventilateurs artificiels ont été enregistrés », raconte le physiothérapeute.

Santiago de Chile © Marie Désévédavy

Par ailleurs, le pays d’Amérique du Sud entre progressivement dans la saison hivernale. Une complication supplémentaire, selon le kinésithérapeute : « En hiver, le système de santé s’effondre. Les gens tombent malade. Si l’on ajoute le Covid-19, il va s’écrouler davantage. » 

Sebastian Jerez confirme ce propos : « L’hôpital public dans lequel je travaille s’effondre chaque année à cause du manque de professionnels qu’il y a dans ces centres et de la grande quantité de personnes qui vivent dans cette zone. » 

Une crise globale

En plus de la pandémie mondiale, le pays est confronté à une crise majeure. Le physiothérapeute raconte : « Le Chili traverse actuellement une crise sociale liée au manque de réponse gouvernementale face aux demandes des citoyens quant à la santé, l’éducation et l’économie. »

Depuis octobre, les Chilien.nes manifestent Place d’Italie face à l’accroissement des inégalités. L’élément déclencheur a une colère présente depuis plusieurs années : l’augmentation, avortée, du prix des transports. Les contestataires réclament le départ du président ainsi qu’une modification de la Constitution, datant de la dictature de Pinochet (1975 – 1990).

 

* A sa demande, le prénom a été modifié.

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